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Psychogénéalogie | Psychanalyse Transgénérationnelle

SILO 1 — FONDEMENTS & CONCEPTS THÉORIQUES

22 juin 2026 à 12:21:00

Le projet-sens : l'intention des parents à la conception

Avant même de naître, quelque chose se joue. Dans le désir — ou l'absence de désir — de ses parents. Dans le contexte émotionnel, économique, relationnel dans lequel la conception a eu lieu. Dans les espoirs, les craintes, les projections, les non-dits qui entourent la grossesse. La psychogénéalogie selon Salomon Sellam pose une hypothèse radicale et cliniquement féconde : l'enfant naît avec une mission. Une intention inconsciente que ses parents lui ont assignée bien avant qu'il puisse exprimer quoi que ce soit. C'est ce que Sellam nomme le projet-sens.

Cette idée peut sembler excessive, voire dérangeante au premier abord. Elle l'est, dans un sens.

Parce qu'elle oblige à regarder en face quelque chose que beaucoup préfèrent ne pas voir : que les enfants ne naissent pas dans un espace vierge. Qu'ils arrivent dans un contexte chargé, dans un système familial qui avait déjà des besoins, des attentes, des blessures — et que ces besoins se sont souvent projetés sur eux avant même leur premier souffle.

Le contexte de conception : un message programmatique

Pour Sellam, le contexte dans lequel un enfant est conçu et porte les premières semaines de sa vie in utero constitue une sorte de programme inconscient. Ce programme est constitué des émotions dominantes de la mère pendant la grossesse, du contexte relationnel du couple, des événements familiaux qui entourent la conception, et surtout de l'intention — consciente ou non — qui sous-tend le désir (ou le non-désir) de cet enfant.

Un enfant conçu pour "sauver" un couple en difficulté reçoit une mission de réparateur. Un enfant conçu pour "remplacer" un mort porte la mission d'être quelqu'un d'autre. Un enfant conçu dans un contexte de grande peur économique peut développer une relation anxieuse à l'argent et à la sécurité. Un enfant conçu pour "prouver" quelque chose — la fertilité d'une femme, la virilité d'un homme, la respectabilité d'une famille — porte ce besoin de preuve comme une injonction fondamentale.

Ces projets ne sont pas exprimés explicitement. Ils se transmettent de façon infraverbale — dans les attitudes, les regards, les attentes implicites, les façons dont on parle de l'enfant à naître, dont on prépare (ou ne prépare pas) sa venue. Et l'enfant, même in utero, puis dans les premières années de sa vie, capte ces signaux avec une sensibilité extraordinaire.

Les différentes formes de projet-sens

Sellam a identifié plusieurs grandes configurations de projet-sens qui reviennent fréquemment en clinique. Il y a le projet de réparation : l'enfant est censé réparer quelque chose — la relation de ses parents, l'honneur de la famille, une blessure ancienne dans la lignée. Il portera souvent toute sa vie le sentiment d'une responsabilité démesurée envers les autres, une tendance au sacrifice de soi.

Il y a le projet de continuité : l'enfant est censé perpétuer quelque chose — un nom, un métier, une tradition, un idéal. Il aura souvent du mal à se différencier, à choisir sa propre voie, à décevoir les attentes implicites de transmission.

Il y a le projet de compensation : l'enfant est censé réussir là où ses parents ont échoué, atteindre ce qu'ils n'ont pas pu atteindre. Il portera souvent une pression de performance écrasante, un syndrome de l'imposteur intense, ou au contraire un sabotage systématique de ses réussites par loyauté envers les parents qui n'ont pas réussi.

Et il y a le projet de remplacement, dont nous avons parlé avec le concept de gisant : l'enfant censé "combler" la perte d'un autre, qu'il s'agisse d'un mort, d'une fausse couche, ou d'un enfant rêvé qui n'a pas pu naître.

Comment le projet-sens se repère cliniquement

Dans le travail thérapeutique, le projet-sens se repère à plusieurs indices. Il y a d'abord les circonstances de la conception et de la grossesse — que sait le patient de ce contexte ? Était-il un enfant désiré ? Dans quel état était le couple à ce moment-là ? Y avait-il des événements familiaux importants autour de sa naissance — un deuil, une maladie, une crise financière, une migration ?

Il y a ensuite les attentes explicites ou implicites qui ont accompagné son enfance. "Tu seras médecin comme ton grand-père." "Tu vas nous rendre fiers." "Toi au moins, tu réussiras." "Ne déçois pas ta mère." Ces phrases semblent banales — mais accumulées, elles constituent le texte du projet-sens, le script que l'enfant a intégré comme définition de lui-même.

Et il y a la façon dont le patient se définit lui-même — les rôles qu'il endosse spontanément, les missions qu'il se donne, les façons dont il se sent coupable quand il choisit pour lui-même plutôt que pour les autres. Tout cela parle du projet-sens.

Se désengager du projet sans trahir ses parents

La question la plus délicate du travail avec le projet-sens est celle du désengagement. Comment se libérer d'une mission qu'on n'a pas choisie, sans avoir le sentiment de trahir ceux qui nous l'ont confiée — souvent avec amour, même si cet amour était maladroit ou encombrant ?

La réponse thérapeutique passe par la séparation entre la personne et le projet. Reconnaître que ses parents avaient leurs propres blessures, leurs propres besoins — et qu'ils les ont projetés sur leur enfant non par malveillance, mais par manque de ressources. Puis se donner la permission de vivre sa propre vie — non pas contre eux, mais à côté d'eux, en gardant l'amour tout en abandonnant la mission. Ce passage-là est souvent l'un des actes de liberté les plus profonds qu'un être humain puisse accomplir.

Mots-clés : projet-sens, Salomon Sellam, psychogénéalogie, conception, grossesse, mission familiale, enfant de remplacement, loyauté, transgénérationnel, identité

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