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Psychogénéalogie | Psychanalyse Transgénérationnelle

SILO 2 — OUTILS PRATIQUES & ENQUÊTE FAMILIALE

22 juin 2026 à 12:36:00

Comment interroger ses parents sur le passé sans les braquer ?

C'est l'un des moments les plus délicats du travail généalogique thérapeutique — et l'un des plus redoutés. Poser des questions à ses parents sur leur passé, sur celui de leurs propres parents, sur les événements que la famille a traversés et dont on ne sait presque rien. La peur de blesser, de rouvrir des plaies, de provoquer des réactions défensives ou des silences encore plus épais que ceux qui existaient déjà. La peur, aussi, de ce qu'on pourrait découvrir.

Dans le cabinet, je prépare toujours les patients à ces conversations avant qu'ils les aient.

Pas pour les scripter — la rigidité tue le dialogue — mais pour les aider à comprendre pourquoi leurs parents résistent, et comment créer les conditions pour que quelque chose puisse se dire. Parce que ces conversations, quand elles se passent bien, sont parmi les plus précieuses qu'on puisse avoir dans une vie.

Comprendre d'abord pourquoi ils résistent

La résistance des parents aux questions sur le passé n'est presque jamais de la mauvaise volonté. Elle est de la protection — envers eux-mêmes, envers vous, envers l'image de la famille. Les générations qui nous ont précédés ont souvent traversé des épreuves pour lesquelles on ne leur a pas fourni les outils pour en parler. La guerre, la pauvreté, les violences, les hontes sociales — tout cela s'est souvent géré en se taisant. Le silence n'était pas un choix éclairé : c'était souvent la seule façon de continuer à fonctionner.

Comprendre cela change radicalement la façon dont on pose les questions. On ne cherche pas à "arracher" une vérité. On crée un espace où quelque chose peut éventuellement se dire — en respectant le rythme de l'autre, sa pudeur, ses limites. Avec la conscience que même un silence répondu à une question directe est une information.

Le moment et le cadre : ne pas improviser

Ces conversations ne se font pas à la volée, entre la soupe et le dessert, lors d'un repas de famille chargé d'autres tensions. Elles demandent un cadre — un moment calme, en tête-à-tête ou en petit groupe très limité, sans pression de temps, sans audience. Idéalement un moment où la personne est dans un état émotionnel stable, pas en période de stress ou de maladie.

Prévenir à l'avance peut aussi aider : "J'aimerais qu'on parle un peu de la famille, de ce que tu as vécu — est-ce que tu aurais un moment pour ça ?" Cette simple annonce permet à la personne de se préparer émotionnellement, de ne pas être prise par surprise. Certains parents résistent moins quand ils ont eu le temps de "décider" de parler.

Les questions ouvertes plutôt que les questions directes

La plus grande erreur dans ces conversations, c'est de commencer par les questions les plus chargées. "Est-ce que grand-père a vraiment tué quelqu'un pendant la guerre ?" ou "Pourquoi on ne parle jamais de ta sœur ?" sont des questions qui vont immédiatement déclencher des mécanismes de défense.

On commence toujours par les questions douces, les questions sur les faits ordinaires, les questions qui permettent à la personne de raconter — pas de se justifier. "Comment était la maison où tu as grandi ?" "Qu'est-ce que tu faisais le dimanche quand tu étais enfant ?" "Comment vous vous êtes rencontrés, toi et papa ?" Ces questions anodines ouvrent souvent, par association, des territoires que les questions directes auraient verrouillés.

On laisse aussi beaucoup de silences. Un silence après une réponse n'est pas un échec de la conversation — c'est souvent l'espace dans lequel quelque chose de plus important va se dire. La précipitation à remplir les silences est l'une des grandes erreurs dans ces échanges.

La posture : curiosité et non-jugement

La posture intérieure avec laquelle on entre dans ces conversations est aussi importante que les mots qu'on choisit. Si on arrive avec de la colère, du ressentiment, un agenda caché de "révéler la vérité" ou de "régler ses comptes" — ça se sent. Et ça ferme les portes instantanément.

La posture qui ouvre, c'est la curiosité sincère. L'intérêt genuinement non jugeant pour la vie de l'autre — pour ce qu'il ou elle a traversé, pour les conditions dans lesquelles ces choix ont été faits, pour ce que c'était d'être cette personne-là, à cette époque-là. Cette posture n'est pas toujours facile à tenir, surtout si on porte des blessures réelles envers ses parents. C'est pour cela qu'il est souvent utile de faire une partie de ce travail d'abord en thérapie — pour déposer ses propres émotions avant d'aller chercher celles des autres.

Quand la conversation se ferme

Il arrivera que la conversation se ferme — que la personne refuse de répondre, change de sujet, se mette en colère ou pleure sans vouloir continuer. Ce n'est pas un échec. C'est une information. Le refus lui-même dit quelque chose : il signale une zone chargée, un endroit où quelque chose n'a pas pu être digéré. Et dans la plupart des cas, si on revient à cette conversation avec douceur, à un autre moment, quelque chose finit par s'ouvrir — même partiellement.

Et si rien ne s'ouvre jamais — si la personne emporte ses secrets dans la tombe — il reste l'enquête dans les archives, les documents, les photos, les témoignages des autres membres de la famille. L'histoire familiale peut se reconstruire par d'autres chemins que la parole directe. Ce n'est pas la même chose. Mais c'est parfois tout ce qu'on peut avoir. Et c'est souvent plus que suffisant pour avancer.

Mots-clés : interroger ses parents, questions sur le passé, psychogénéalogie, enquête familiale, secret de famille, communication, dialogue intergénérationnel, résistance

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