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Psychogénéalogie | Psychanalyse Transgénérationnelle

SILO 2 — OUTILS PRATIQUES & ENQUÊTE FAMILIALE

22 juin 2026 à 12:35:00

Comment noter les avortements et fausses couches dans l'arbre généalogique

Il y a dans presque tous les arbres généalogiques des absences que personne ne remarque parce qu'elles n'ont jamais été nommées. Des grossesses qui n'ont pas abouti. Des enfants qui n'ont pas vécu assez longtemps pour avoir un prénom ou une fiche d'état civil. Des avortements — spontanés ou provoqués — dont on n'a jamais parlé, parce que la douleur était trop grande, parce que la honte était trop lourde, parce que les mots manquaient, ou parce que l'époque ne permettait pas qu'on en parle.

Ces petites vies invisibles ont pourtant une présence psychique réelle dans l'économie familiale.

Leur absence dans le génosociogramme est l'une des lacunes les plus fréquentes et les plus cliniquement significatives. Les représenter, leur donner une place — même symbolique, même minuscule — est l'un des actes de reconnaissance les plus puissants qu'on puisse faire dans un travail psychogénéalogique.

Pourquoi les représenter est important

La première raison est clinique : les grossesses perdues ont souvent un impact considérable sur la dynamique familiale, et leur absence dans la représentation de l'arbre crée exactement le type de trou psychique que Nicolas Abraham décrivait. Un enfant né juste après une fausse couche peut porter, sans le savoir, quelque chose de ce deuil non fait. La mère qui n'a pas pu pleurer un enfant perdu peut transférer inconsciemment sur l'enfant suivant une suranxiété, une surprotection, ou au contraire une distance émotionnelle défensive.

La deuxième raison est symbolique : représenter ces petites vies dans l'arbre, c'est reconnaître qu'elles ont existé. Même une grossesse de quelques semaines représente quelque chose — une vie qui a commencé, une présence qui a été, même brièvement. Cette reconnaissance n'est pas excessive — elle est juste. Et dans la clinique, ce geste de reconnaissance produit souvent des effets émotionnels profonds chez les patients qui le font.

Les symboles conventionnels

Dans le génogramme standard, les grossesses perdues sont représentées par de petits symboles placés dans l'ordre chronologique avec les autres enfants, sur la ligne fraternale. Une fausse couche spontanée est généralement représentée par un petit triangle ou un petit cercle/carré de taille réduite, avec une croix ou un X pour indiquer la perte. Certains praticiens utilisent un cercle barré pour les fausses couches, un triangle pour les mort-nés, et une notation spécifique pour les interruptions volontaires de grossesse (IVG ou avortements clandestins).

Il n'existe pas de standard universel pour ces représentations — les conventions varient selon les praticiens et les cultures cliniques. L'important est d'être cohérent dans son propre système et d'inclure une légende claire sur son génosociogramme. L'essentiel n'est pas la forme exacte du symbole — c'est l'acte de représenter.

L'avortement clandestin : une réalité historique à intégrer

Pour les générations nées avant la légalisation de l'avortement en France (loi Veil, 1975), l'avortement clandestin était une réalité répandue et dangereuse. Des millions de femmes y ont eu recours — dans des conditions souvent traumatiques, dans un silence forcé, avec une honte imposée par la société et parfois par leur propre famille. Ces avortements clandestins ont laissé des traces profondes : traumatismes physiques, culpabilité, douleur non élaborée, impossibilité de parler.

Ces histoires-là méritent d'être représentées dans l'arbre — non pour juger, mais pour comprendre. Quand une femme a subi un ou plusieurs avortements clandestins sans pouvoir les pleurer ni les intégrer, cette blessure peut se transmettre à ses filles sous forme d'un rapport complexe à la sexualité, à la maternité, à leur propre corps. Nommer cette réalité dans l'arbre, c'est la première étape pour en comprendre les effets transgénérationnels.

Comment recueillir ces informations

Ces informations sont parmi les plus difficiles à obtenir — parce qu'elles touchent à des zones de honte et de douleur que les familles protègent soigneusement. On peut parfois les trouver dans des confidences tardives de femmes âgées qui, sentant la fin approcher, font tomber des silences qu'elles avaient gardés toute leur vie. On peut parfois les déduire des écarts inexpliqués entre les naissances dans une fratrie. On peut parfois les trouver dans des documents médicaux anciens — si on y a accès.

Mais même sans confirmation factuelle, l'hypothèse clinique peut être formulée et travaillée. "Dans une famille où les femmes avaient des rapports difficiles à leur corps et à leur sexualité, dans une époque où l'avortement clandestin était courant, il est possible que des grossesses aient été perdues et n'aient jamais trouvé leur place dans l'histoire familiale." Cette hypothèse, posée avec douceur, peut ouvrir des espaces de travail précieux.

Mots-clés : fausse couche, avortement, psychogénéalogie, deuil périnatal, génosociogramme, représentation, transmission, deuil non fait, histoire des femmes

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