Psychogénéalogie | Psychanalyse Transgénérationnelle
SILO 5 — TRAVAIL, ARGENT & RÉUSSITE
22 juin 2026 à 12:31:00
Créer son entreprise : la peur de la trahison

Créer son entreprise est souvent présenté comme un acte de liberté — choisir son propre chemin, construire quelque chose à soi, sortir du rapport salarial pour devenir son propre patron. Et c'est effectivement tout ça. Mais pour beaucoup de personnes, la création d'entreprise soulève aussi une angoisse particulière qui va bien au-delà des risques économiques objectifs : la peur de la trahison. Trahir sa famille, ses origines, sa classe. Trahir ceux qui ont travaillé toute leur vie pour un employeur sans jamais avoir eu "l'audace" de voler de leurs propres ailes. Trahir un modèle de travail qui définissait, dans la famille, ce qu'était un "vrai travail".
Cette peur de la trahison, quand elle est à l'œuvre, peut produire une paralysie totale — l'impossibilité de franchir le pas même quand tous les éléments objectifs sont réunis — ou un sabotage chronique — lancer des projets et les abandonner, comme si quelque chose interdisait de vraiment s'engager dans cette voie.
L'entrepreneuriat comme transgression familiale

Dans les familles où le travail salarié est la norme depuis plusieurs générations — des ouvriers, des fonctionnaires, des employés — créer son entreprise peut être vécu, consciemment ou non, comme une transgression. Comme une façon de se distinguer, de sortir du rang, de prétendre à quelque chose que "les gens de notre famille ne font pas". Cette transgression est rarement nommée explicitement — mais elle se ressent dans les réactions de l'entourage familial quand on annonce le projet ("c'est risqué", "t'es sûr de toi ?", "et si ça ne marche pas ?"), dans le scepticisme qui masque parfois une jalousie ou une anxiété sincères, et dans la façon dont l'entrepreneur en herbe se sent lui-même "hors norme".
La trahison du père salarié

L'une des configurations les plus fréquentes est celle de la trahison du père salarié — un père qui a passé toute sa vie à travailler pour le même employeur, qui a valorisé la sécurité de l'emploi comme valeur suprême, et dont le fils ou la fille veut créer quelque chose d'indépendant. Dans ce contexte, le projet entrepreneurial peut inconsciemment représenter un rejet du modèle paternel — une façon de dire "ta façon de travailler n'était pas la bonne, je vais faire autrement". Et cette lecture, même non voulue, peut déclencher une culpabilité qui bloque l'action.
Les peurs de trahison liées à d'autres traumatismes

Il y a aussi des peurs de trahison liées à des traumatismes économiques spécifiques dans la lignée. Une famille dont un ancêtre a été trahi par un associé et a tout perdu peut transmettre une méfiance profonde envers tout projet collaboratif ou toute exposition économique. Une famille dont les biens ont été confisqués par un régime ou par des circonstances historiques peut transmettre une peur de "montrer" ce qu'on a — de s'afficher trop, de réussir trop visiblement, de s'exposer à une spoliation potentielle. Ces peurs-là, très concrètes dans leur origine historique, continuent d'opérer comme des freins dans le présent bien après que les conditions qui les justifiaient ont disparu.
Entreprendre librement
Se libérer de la peur de trahison dans le projet entrepreneurial passe par la même voie que pour les autres loyautés familiales : la rendre visible, comprendre d'où elle vient, et se donner la permission de choisir autrement — non pas contre sa famille, mais pour soi, avec la bénédiction symbolique de ceux qui auraient peut-être voulu avoir ce courage et ces conditions. Cette reformulation transforme la transgression en hommage — et libère une énergie considérable pour construire vraiment.
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