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Psychogénéalogie | Psychanalyse Transgénérationnelle

SILO 1 — FONDEMENTS & CONCEPTS THÉORIQUES

22 juin 2026 à 12:21:00

Le concept de "Gisant" (Salomon Sellam)

Il y a des concepts qui naissent de la clinique, dans l'intimité du cabinet, à force d'observer des patients qui présentent tous un même type de souffrance étrange, diffuse, comme une fatigue d'exister qui ne s'explique par rien de leur vie propre. Le "gisant" est l'un de ces concepts. Développé par Salomon Sellam, médecin et psychothérapeute français, il désigne une configuration psychique très particulière — et malheureusement très fréquente — dans laquelle un individu vit une existence qui n'est pas vraiment la sienne.

Le terme lui-même est évocateur. Un gisant, c'est une figure allongée sur une tombe — immobile, figée dans la pierre, représentant un mort.

Dans la psychogénéalogie selon Sellam, le gisant, c'est celui qui vit "couché" psychiquement — non pas physiquement, mais dans son élan vital, dans sa capacité à se déployer, à désirer, à avancer. Quelqu'un qui est, d'une certaine façon, enterré vivant dans l'histoire familiale.

Salomon Sellam et la psychobiologie

Salomon Sellam est l'un des représentants français de ce qu'on appelle la psychobiologie — une approche qui cherche les liens entre les conflits psychiques inconscients et les manifestations biologiques, notamment les maladies. Influencé par les travaux du Dr Ryke Geerd Hamer (avec lequel il a par la suite pris ses distances sur plusieurs points), Sellam a développé sa propre lecture du lien entre l'histoire familiale, le psychisme et le corps.

Son apport principal réside dans l'exploration du projet-sens (dont nous parlerons dans un prochain article) et du concept de gisant — deux notions qui s'articulent étroitement et qui éclairent des situations cliniques que les approches classiques peinent à saisir.

Qu'est-ce qu'un gisant ?

Le gisant, dans la terminologie de Sellam, désigne quelqu'un qui vit en substitution d'un mort — souvent un mort de la famille qui n'a pas pu être pleuré, reconnu, honoré correctement. Un ancêtre dont le deuil est resté suspendu, un enfant mort avant terme, un frère ou une sœur décédé dont on n'a jamais reparlé, une personne "effacée" de l'histoire familiale pour des raisons de honte ou de secret.

Cet ancêtre non pleuré occupe une place psychique dans la famille — une place vide, un espace en creux qui "appelle" quelqu'un pour le remplir. Et c'est souvent un descendant — parfois un enfant né juste après la mort, parfois un petit-enfant, parfois quelqu'un qui porte le même prénom ou qui est né à une date symbolique — qui va inconsciemment "prendre la place" du mort. Devenir son substitut. Vivre sa vie à sa place, ou plutôt vivre dans l'ombre de sa mort.

Le gisant ne sait pas qu'il est gisant. Il ressent simplement une lourdeur inexpliquée, un manque d'élan, une difficulté à désirer vraiment quelque chose pour lui-même. Comme si quelque chose en lui était déjà mort. Comme si l'existence était un fardeau plutôt qu'une aventure. Comme si la vie appartenait à quelqu'un d'autre.

Les signes cliniques du gisant

Dans la pratique, on reconnaît le gisant à un ensemble de signes caractéristiques. Il y a d'abord cette tonalité particulière de la dépression — pas une dépression réactionnelle, avec un événement déclencheur identifiable, mais une dépression de fond, chronique, existentielle, qui semble avoir toujours été là. Une tristesse sans objet, une fatigue de vivre qui ne répond pas aux traitements habituels.

Il y a aussi une difficulté particulière à se projeter dans l'avenir — à désirer, à planifier, à vouloir quelque chose pour soi. Le gisant a souvent une relation trouble à ses propres désirs : il ne sait pas vraiment ce qu'il veut, ou il sait mais quelque chose l'empêche de le vouloir vraiment, comme si ses désirs n'avaient pas le droit d'exister.

Il y a fréquemment une identification forte à quelqu'un de décédé dans la famille — une fascination pour ce mort, une présence psychique de cette personne qui dépasse la simple mémoire affective. Et parfois des ressemblances frappantes avec ce mort — physiques, caractérielles, ou dans le destin.

L'enfant de remplacement : une forme extrême du gisant

Le gisant trouve sa forme la plus intense dans ce qu'on appelle l'enfant de remplacement — un enfant né après la mort d'un autre enfant dans la famille, conçu (consciemment ou non) pour "combler" cette perte. L'enfant de remplacement porte le poids du mort avant même de naître. Il arrive dans une famille en deuil, dans un espace psychique déjà occupé par quelqu'un d'autre.

Ces enfants peuvent passer leur vie entière à porter l'identité du mort, à vivre dans son ombre, à réaliser les projets qui lui étaient destinés — ou au contraire à échouer systématiquement, comme si réussir là où le mort aurait dû vivre était une trahison insupportable. Dans les deux cas, ce n'est pas leur propre vie qu'ils vivent.

Sortir de la posture de gisant

Le travail thérapeutique avec un gisant commence toujours par la même étape : identifier le mort à la place duquel le patient a inconsciemment pris position. Nommer ce mort, lui donner son histoire, reconnaître sa place dans la lignée. Et surtout faire ce que la famille n'a pas pu faire : le pleurer, l'enterrer symboliquement, lui rendre sa propre mort — pour que le patient puisse enfin revendiquer sa propre vie.

C'est un travail qui peut être d'une intensité émotionnelle considérable. Parce que se désidentifier d'un mort, c'est aussi abandonner une loyauté — quitter une position qui, aussi douloureuse qu'elle soit, avait un sens dans l'économie psychique familiale. Mais c'est précisément ce passage — de la place du mort à la place du vivant — qui constitue l'un des actes de naissance psychique les plus profonds que la psychogénéalogie peut produire.

Mots-clés : gisant, Salomon Sellam, enfant de remplacement, deuil non fait, psychogénéalogie, psychobiologie, identification au mort, loyauté, transgénérationnel

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