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Psychogénéalogie | Psychanalyse Transgénérationnelle

SILO 1 — FONDEMENTS & CONCEPTS THÉORIQUES

22 juin 2026 à 12:37:00

Le lien entre karma et transgénérationnel

Voilà un rapprochement qui fait souvent lever les sourcils — des deux côtés. Les tenants d'une approche spirituelle du karma trouvent parfois la psychogénéalogie trop "psy", trop réductrice, trop attachée aux faits et aux archives. Et les cliniciens sérieux se méfient du mot karma, trop souvent associé à des raccourcis ésotériques qui court-circuitent le travail réel. Pourtant, entre les deux notions, il y a quelque chose — pas une identité, pas une équivalence, mais une résonance profonde qui mérite d'être explorée avec honnêteté.

Je ne suis pas thérapeute spirituel. Je suis psychanalyste transgénérationnel.

Ce que je vais dire ici n'est pas une adhésion à une métaphysique particulière — c'est une tentative de regarder ce que ces deux concepts, venus de traditions très différentes, disent peut-être de la même réalité sous des angles différents.

Le karma : une brève définition

Dans les traditions hindoues et bouddhistes, le karma désigne la loi de causalité morale — l'idée que chaque action produit des conséquences qui se déploient dans le temps, parfois au-delà d'une seule vie. Le karma n'est pas une punition ni une récompense arbitraire : c'est un principe de continuité causale. Ce qui a été fait laisse une trace. Cette trace oriente les conditions d'existence futures — dans cette vie, ou dans les suivantes selon les traditions qui croient en la réincarnation.

Ce qui est intéressant dans cette définition, c'est qu'elle postule que les actes non résolus — les dettes non honorées, les injustices non réparées, les souffrances non élaborées — continuent d'agir au-delà du moment où ils se sont produits. Qu'il existe une forme de "mémoire" des actes qui dépasse la conscience individuelle et le temps d'une vie.

Ce que le transgénérationnel partage avec cette intuition

La psychogénéalogie part d'une intuition très proche — même si elle la formule dans un langage radicalement différent, ancré dans la clinique et la psychanalyse plutôt que dans la métaphysique. Elle dit : ce qui n'a pas été résolu dans la vie d'un ancêtre continue d'agir dans la vie de ses descendants. Les traumatismes non élaborés, les deuils non faits, les injustices non réparées, les secrets non dits — tout cela laisse des traces qui traversent les générations et influencent les destins individuels.

C'est structurellement très proche de l'idée karmique. Dans les deux cas, il y a l'idée que le passé non digéré continue d'agir sur le présent. Dans les deux cas, la résolution passe par une forme de "travail" — spiritual dans le karma, psychique dans le transgénérationnel — qui permet de solder ce qui traîne. Et dans les deux cas, cette résolution profite non seulement à l'individu qui la fait, mais potentiellement à toute une lignée.

Les différences fondamentales

Mais les différences sont aussi importantes que les ressemblances. La première et la plus fondamentale concerne le mécanisme de transmission. Le karma, dans sa version la plus classique, postule une transmission qui passe par l'âme — une continuité métaphysique entre des vies successives. Le transgénérationnel, lui, postule une transmission qui passe par la psyché et le corps — par les comportements, les attitudes, les communications conscientes et inconscientes entre générations qui se succèdent biologiquement.

La deuxième différence concerne la responsabilité. Le karma implique souvent l'idée que ce qu'on vit est une conséquence de ce qu'on a fait — dans cette vie ou une précédente. Cette vision peut être libératrice (tout a un sens, rien n'est arbitraire) mais elle peut aussi être culpabilisante, voire dangereuse (si tu souffres, c'est que tu as mérité de souffrir). Le transgénérationnel, lui, ne dit pas que le patient est responsable de ce qu'il porte — il dit qu'il en a hérité, involontairement, et qu'il peut choisir d'en faire quelque chose. La nuance est capitale.

Le "karma familial" : une notion composite

Dans la culture populaire contemporaine, l'expression "karma familial" est de plus en plus utilisée pour désigner exactement ce que la psychogénéalogie appelle la transmission transgénérationnelle — les schémas répétitifs dans une lignée, les destins qui se ressemblent de génération en génération, le sentiment que "dans cette famille, il se passe toujours la même chose". Cette appropriation populaire du terme karma pour désigner des phénomènes que la clinique décrit avec des outils différents est significative : elle montre que quelque chose dans la notion karmique résonne avec une expérience réelle que les gens reconnaissent dans leur propre histoire.

Pour ma part, je n'utilise pas le mot karma dans ma pratique clinique — non par mépris pour les traditions spirituelles qui l'emploient, mais parce qu'il peut créer des confusions et ouvrir la porte à des interprétations qui nuisent au travail. Mais je comprends pourquoi mes patients l'utilisent parfois. Et quand ils le font, je l'entends comme une façon de dire : je sens que ce que je vis n'est pas seulement le produit de ma propre vie. Que quelque chose de plus ancien agit en moi. Que le passé n'est pas passé. Et ça, je peux travailler avec.

Mots-clés : karma, transgénérationnel, psychogénéalogie, spiritualité, transmission, répétition, responsabilité, schémas familiaux, bouddhisme, hindouisme

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