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Psychogénéalogie | Psychanalyse Transgénérationnelle

SILO 3 — SECRETS DE FAMILLE & NON-DITS

22 juin 2026 à 12:34:00

Malformations et handicaps dissimulés dans le passé familial

Il fut un temps — pas si lointain — où naître avec un handicap physique ou mental était vécu, dans beaucoup de familles, comme une honte. Une punition divine. Une "tare" héréditaire. Quelque chose qu'on cachait, qu'on institutionnalisait au plus vite, dont on ne parlait pas. Des enfants placés dans des asiles ou des institutions dès leur naissance. Des adultes handicapés tenus à l'écart de la vie familiale publique. Des proches dont on effaçait l'existence des albums photos, dont on omettait de mentionner le prénom dans les présentations familiales.

Ces personnes — dissimulées, niées, exclues — ont quand même existé. Elles font partie de l'arbre.

Et leur effacement du récit familial officiel laisse des traces que les descendants portent souvent sans le savoir.

La honte du handicap : une réalité historique

Pour comprendre pourquoi les handicaps et malformations étaient dissimulés, il faut replacer cette réalité dans son contexte historique. Au XIXe et dans la première moitié du XXe siècle, les théories eugénistes — qui associaient le handicap à une "dégénérescence" héréditaire — étaient largement répandues, y compris dans les milieux médicaux et intellectuels. Un enfant handicapé pouvait être perçu comme la preuve d'une "mauvaise hérédité" dans la famille — ce qui menaçait les perspectives de mariage des autres enfants et la réputation sociale du clan entier.

Dans ce contexte, l'institutionnalisation rapide et le silence étaient les stratégies les plus fréquentes. L'enfant "différent" disparaissait dans une institution — souvent pour n'en jamais ressortir — et on n'en parlait plus. On disait qu'il était "mort en bas âge" ou on ne disait rien du tout. Ces enfants-là ont souvent vécu et sont morts sans que personne dans leur famille n'ait jamais reconnu publiquement leur existence.

Ce que l'effacement d'un membre handicapé transmet

L'effacement d'un membre handicapé du récit familial transmet plusieurs choses aux générations suivantes. Il transmet d'abord une norme implicite de "perfectibilité" — l'idée qu'il y a des façons d'être qui ont droit de cité dans la famille et d'autres qui n'en ont pas. Cette norme peut produire chez les descendants une pression très forte à la conformité, une difficulté à accepter leur propre vulnérabilité, une tendance à cacher leurs propres limitations ou souffrances.

Il transmet aussi une peur diffuse du handicap — une anxiété particulièrement forte autour de la maladie, de la malformation, de tout ce qui s'écarte de la norme physique ou mentale. Cette anxiété peut se manifester dans un rapport hypochondriaque au corps, dans une peur excessive autour de la grossesse et de la naissance d'un enfant "normal", ou dans une réaction émotionnelle disproportionnée face à toute situation de handicap rencontrée.

Retrouver les membres effacés

Retrouver un membre handicapé effacé de l'arbre familial passe souvent par les archives des institutions — les asiles d'aliénés, les instituts médico-éducatifs de l'époque, les hôpitaux spécialisés. Ces archives, quand elles ont été conservées, peuvent livrer des informations précieuses sur la vie de ces personnes — leur diagnostic (souvent très différent de ce qu'on poserait aujourd'hui), leurs conditions de vie, parfois leurs propres mots s'ils savaient écrire.

Les réintégrer dans l'arbre — leur redonner un prénom, une date, une existence reconnue — est souvent un acte d'une grande portée symbolique. Ce n'est pas "réparer" ce qui s'est passé. C'est reconnaître que cette personne existait, qu'elle faisait partie de la famille, que son effacement a eu un coût pour tout le monde. Et dans cette reconnaissance, libérer quelque chose qui était maintenu sous tension dans l'inconscient familial depuis des générations.

Mots-clés : handicap, malformation, secret de famille, psychogénéalogie, honte, institutionnalisation, eugénisme, effacement, transmission, réhabilitation

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