Psychogénéalogie | Psychanalyse Transgénérationnelle
SILO 4 — AMOUR, COUPLE & RÉPÉTITIONS RELATIONNELLES
22 juin 2026 à 12:34:00
Pourquoi je choisis toujours le même type d'homme/femme ?

C'est l'une des questions les plus fréquentes que j'entends en consultation — et l'une des plus douloureuses. Parce qu'elle s'accompagne presque toujours d'un sentiment d'impuissance. "Je sais que c'est le même profil. Je le vois venir. Je me dis que cette fois ce sera différent. Et ça recommence." Cette répétition dans le choix amoureux, vécue comme une fatalité ou comme une faiblesse de caractère, est en réalité l'un des phénomènes transgénérationnels les mieux documentés par la clinique — et l'un des plus libérables, quand on comprend enfin d'où il vient.
La réponse courte est celle-ci : on choisit rarement celui ou celle qui nous rend heureux au sens simple du terme.
On choisit celui ou celle qui nous est familier — au sens étymologique, celui qui ressemble à ce qu'on a connu dans notre famille d'origine. Et cette familiarité, même quand elle est douloureuse, exerce une attraction puissante que la volonté consciente peine à contrecarrer.
Le modèle interne de relation : ce qu'on apprend sans le savoir

Dès les premières années de vie, chaque être humain développe ce que les théoriciens de l'attachement appellent un "modèle interne de travail" — une représentation inconsciente de ce que sont les relations intimes, de ce qu'on peut en attendre, de comment on doit se comporter pour maintenir le lien. Ce modèle est construit à partir de nos expériences précoces avec nos figures d'attachement — principalement nos parents.
Si notre père était distant et peu disponible, notre modèle interne enregistre que "les hommes qu'on aime sont distants". Si notre mère était imprévisible — alternant chaleur et froideur — notre modèle enregistre que "l'amour est quelque chose d'incertain, qu'il faut mériter". Ces représentations ne sont pas conscientes. Mais elles guident les choix amoureux avec une précision remarquable — en nous attirant vers des personnes qui correspondent à ce modèle, parce que c'est le seul que notre inconscient reconnaît comme "l'amour".
La dimension transgénérationnelle : au-delà de ses propres parents

Mais le modèle interne ne se construit pas seulement à partir de ses propres parents — il se construit aussi, de façon plus souterraine, à partir de ce que ses parents ont eux-mêmes hérité. Une mère qui choisit des hommes absents peut le faire parce que son propre père était absent — et parce que ses parents ou grands-parents avaient eux-mêmes vécu des séparations forcées (guerres, migrations) qui avaient normalisé l'absence masculine comme condition de l'amour.
Un homme qui choisit systématiquement des femmes qui ont besoin d'être sauvées peut porter le mandat familial du "protecteur" — un rôle transmis de génération en génération dans une lignée où les hommes se définissaient par leur fonction de sauveteur. Ces patterns ne viennent pas de nulle part — ils s'inscrivent dans une histoire qui précède la naissance de celui qui les reproduit.
Le conjoint comme "message" à l'arbre

Dans la perspective psychogénéalogique, le choix du conjoint est rarement un acte purement personnel. Il est souvent un message à l'arbre familial — une tentative de résoudre quelque chose, de réparer quelque chose, de compenser quelque chose qui appartient à une génération précédente. On choisit quelqu'un qui ressemble au parent blessé, pour tenter de guérir cette blessure par procuration. On choisit quelqu'un qui incarne ce que notre famille désapprouvait, pour affirmer une liberté qu'on n'ose pas revendiquer autrement. On choisit quelqu'un qui reproduit exactement la dynamique familiale dont on voulait sortir — parce que c'est la seule façon d'existence amoureuse que notre inconscient connaît.
Se libérer du schéma : comprendre avant de changer

La libération du schéma répétitif dans le choix amoureux ne passe pas par la volonté — "cette fois je vais choisir quelqu'un de différent". Elle passe par la compréhension. Comprendre d'où vient le modèle. Identifier la blessure d'attachement qui sous-tend le choix répétitif. Faire le lien avec l'histoire familiale. Et progressivement, développer une capacité à reconnaître ce qui est "familier" sans que ce familier soit automatiquement confondu avec "bon pour moi". C'est un travail — patient, parfois douloureux. Mais c'est le seul qui produce des changements durables.
Mots-clés : choix amoureux, schéma répétitif, psychogénéalogie, attachement, modèle interne, transmission, vie amoureuse, relation, libération