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Psychogénéalogie | Psychanalyse Transgénérationnelle

SILO 1 — FONDEMENTS & CONCEPTS THÉORIQUES

22 juin 2026 à 12:19:00

Qu'est-ce que la psychogénéalogie ? Définition précise d'une discipline qui dérange

La psychogénéalogie est l'une de ces disciplines qui dérangent parce qu'elles touchent à quelque chose de très intime : l'idée que nous ne sommes pas tout à fait les auteurs de notre propre vie. Que certaines de nos peurs, de nos blocages, de nos choix répétitifs ne nous appartiennent pas vraiment — ou pas entièrement. Qu'ils viennent de plus loin, de plus ancien, de gens que nous n'avons parfois jamais connus. Cette idée est à la fois vertigineuse et, pour beaucoup de patients, profondément libératrice.

Dans le cabinet, je rencontre régulièrement des personnes qui arrivent avec un sentiment étrange : celui d'être "hors-script", de vivre une vie qui ne leur ressemble pas tout à fait, de répéter des schémas sans comprendre pourquoi. Quand on commence à explorer l'arbre familial avec elles, quelque chose se produit — une reconnaissance, un frisson, parfois des larmes. Ah, mais c'est exactement ce qu'a vécu ma grand-mère. Ce moment-là, c'est le cœur de la psychogénéalogie.

Une définition qui ne tient pas dans une phrase

La psychogénéalogie est une approche thérapeutique et analytique qui explore les liens entre l'histoire d'un individu et celle de ses ancêtres, sur plusieurs générations. Elle part d'un postulat fondamental : les traumatismes, les secrets, les deuils non faits, les loyautés inconscientes et les schémas de vie se transmettent d'une génération à l'autre, psychiquement — et parfois corporellement.

Le mot lui-même dit beaucoup : psycho (le psychisme, l'inconscient) + généalogie (la lignée, les ancêtres, l'arbre). C'est l'étude de ce que l'arbre généalogique fait à l'âme. Pas seulement qui descend de qui, mais ce que cette descente produit dans le corps, dans les émotions, dans les comportements, dans les choix de vie.

Ce n'est pas de la généalogie au sens traditionnel — on ne cherche pas à reconstituer un arbre pour le plaisir de l'histoire familiale. Ce n'est pas non plus de la psychologie classique, centrée sur le seul individu et son enfance. C'est un espace intermédiaire, un carrefour entre l'histoire et la clinique, entre le récit familial et le symptôme présent.

Les origines : une discipline née dans les années 1970

La psychogénéalogie, telle qu'on la pratique aujourd'hui, est indissociable du nom d'Anne Ancelin Schützenberger. Psychologue française, élève de Jacob Levy Moreno (le fondateur du psychodrame), elle a développé dans les années 1970 et 1980 une méthode originale : le génosociogramme. Cet outil graphique représente l'arbre familial non pas seulement dans ses liens biologiques, mais dans ses événements marquants — décès, maladies, ruptures, secrets, guerres, migrations — en repérant les synchronicités et les répétitions qui traversent les générations.

Son ouvrage fondateur, Aïe, mes aïeux !, publié en 1993, a popularisé la discipline en France et dans le monde francophone. Schützenberger y décrit avec une précision clinique stupéfiante comment des patients développent les mêmes maladies, ont les mêmes accidents, meurent au même âge que leurs ancêtres — sans en avoir la moindre conscience. Elle nomme ce phénomène le syndrome d'anniversaire.

Mais Schützenberger n'a pas travaillé seule ni ex nihilo. Elle s'est appuyée sur des travaux théoriques majeurs, notamment ceux de Nicolas Abraham et Maria Torok, psychanalystes qui ont introduit les concepts de crypte et de fantôme dans la clinique psychanalytique.

Ce que la psychogénéalogie n'est pas

Il est important, pour une définition honnête, de dire aussi ce que la psychogénéalogie n'est pas — parce que les confusions sont nombreuses, et parfois dangereuses.

La psychogénéalogie n'est pas une thérapie magique. Elle ne prédit pas l'avenir, elle ne "guérit" pas en une séance, elle ne suffit pas à elle seule pour traverser un épisode dépressif sévère ou un état dissociatif. C'est un outil d'exploration et de compréhension, puissant, mais qui s'inscrit dans un travail plus large.

Elle n'est pas non plus de la voyance déguisée. Certains praticiens peu sérieux ont contribué à brouiller les frontières, en mêlant astrologie, tirage de cartes et "lecture de l'arbre". Il faut se méfier de ces dérives. Une approche sérieuse de la psychogénéalogie repose sur des observations cliniques, des hypothèses vérifiables, des cadres théoriques clairs.

Elle n'est pas non plus une façon de "blâmer" ses parents ou ses ancêtres. La transmission transgénérationnelle n'est pas une chaîne de responsabilités individuelles. C'est un phénomène inconscient, involontaire, que personne n'a choisi. Comprendre, c'est se libérer — pas accuser.

La question qui fonde tout : pourquoi répétons-nous ?

Au cœur de la psychogénéalogie, il y a une question simple et vertigineuse : pourquoi répétons-nous ? Pourquoi certaines familles voient leurs membres mourir jeunes, génération après génération ? Pourquoi certaines lignées produisent des dépressifs, des addicts, des gens qui ne finissent jamais ce qu'ils commencent ? Pourquoi je choisis toujours le même type de partenaire, alors que je sais pertinemment que ça ne marchera pas ?

La réponse que propose la psychogénéalogie est à la fois simple et vertigineuse : parce que quelque chose, dans l'inconscient familial, cherche à se résoudre. Les schémas répétitifs ne sont pas des malédictions ni des fatalités génétiques. Ce sont des tentatives de résolution. Des questions non répondues qui cherchent, génération après génération, quelqu'un qui aura enfin les ressources pour y répondre.

C'est cette lecture qui change tout. Elle transforme la répétition en sens, la souffrance en signal, et le patient — au lieu d'être victime d'un destin absurde — en quelqu'un qui porte quelque chose, et qui peut, à condition d'en devenir conscient, choisir de le poser.

Une discipline au carrefour de plusieurs savoirs

Ce qui fait la richesse — et parfois la complexité — de la psychogénéalogie, c'est qu'elle se nourrit de plusieurs disciplines à la fois. De la psychanalyse, bien sûr, notamment freudienne et lacanienne, pour la théorie de l'inconscient, du refoulement, de la répétition. De la systémique familiale, avec des auteurs comme Ivan Boszormenyi-Nagy, qui a développé le concept de loyautés invisibles. De la neurobiologie et de l'épigénétique, qui commencent à fournir des preuves biologiques de la transmission des traumatismes. Et de l'anthropologie, qui rappelle que dans toutes les cultures humaines, les ancêtres ne sont jamais vraiment morts.

Ce que ça change, concrètement

Pour terminer sur quelque chose de concret : qu'est-ce que la psychogénéalogie change, dans la vie d'une personne qui s'y engage sérieusement ?

Elle change le regard. Sur soi, d'abord — on cesse de se voir comme quelqu'un de "cassé" ou d'"inadapté" pour commencer à se comprendre comme quelqu'un qui porte quelque chose. Sur sa famille ensuite — les parents, les grands-parents, cessent d'être des figures de bien ou de mal pour devenir des êtres humains pris dans leur propre histoire, leurs propres impossibilités.

Elle change aussi le rapport à la répétition. Ce qui semblait être une condamnation devient une information. Et une information, on peut la travailler, la transformer, en faire autre chose.

C'est ce travail-là, patient, rigoureux, parfois douloureux, que je vous propose d'explorer à travers ce blog — sujet après sujet, concept après concept, histoire après histoire.

Mots-clés : psychogénéalogie, transgénérationnel, inconscient familial, transmission psychique, Anne Ancelin Schützenberger, syndrome d'anniversaire, loyautés invisibles, répétition, arbre généalogique thérapeutique

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