Psychogénéalogie | Psychanalyse Transgénérationnelle
SILO 5 — TRAVAIL, ARGENT & RÉUSSITE
22 juin 2026 à 12:32:00
Sentiment d'illégitimité au travail

Il y a une souffrance professionnelle particulière — très fréquente, peu nommée — qui consiste à ne jamais se sentir vraiment légitime dans le poste qu'on occupe. Pas le syndrome de l'imposteur dans sa version classique (la peur d'être démasqué comme incompétent), mais quelque chose de plus profond et de plus diffus : un sentiment que ce poste, ce titre, cette place professionnelle ne nous appartient pas vraiment. Qu'on est "de passage". Qu'on occupe un espace qui revient à quelqu'un d'autre — quelqu'un de "plus fait pour ça", de plus légitime, de plus ancré dans ce monde-là.
Ce sentiment d'illégitimité professionnelle touche souvent des personnes qui ont franchi une frontière sociale ou culturelle significative — les premiers de leur famille à accéder à un certain niveau d'études, à un certain type de poste, à un certain milieu professionnel. Et il porte, dans sa texture même, la trace d'une transgression perçue : être là où les siens n'ont jamais été.
La légitimité et son rapport à l'appartenance

Se sentir légitime quelque part, c'est se sentir à sa place — avoir l'impression qu'on appartient à ce monde, qu'on y a un droit naturel, qu'on n'y est pas en train d'usurper une place qui reviendrait à quelqu'un d'autre. Ce sentiment d'appartenance se construit, en grande partie, à travers les modèles qu'on a eus — les personnes de son entourage qui occupaient des positions similaires et dans lesquelles on pouvait se reconnaître.
Quand on est le premier de sa famille à occuper un certain type de position professionnelle — premier diplômé de l'université, première à accéder à un poste de cadre supérieur, premier à exercer une profession libérale — on n'a pas ce miroir de reconnaissance. On n'a pas vu quelqu'un "comme soi" dans ce rôle avant. Et cette absence de modèle identificatoire produit un sentiment d'étrangeté, d'incongruité — comme si on portait un vêtement qui appartient à quelqu'un d'autre.
L'illégitimité comme transmission familiale

L'illégitimité professionnelle peut aussi être une transmission directe — le message reçu dans la famille que certains espaces "ne sont pas pour nous". Ce message peut avoir été explicite : "Ce n'est pas notre monde." "On n'est pas des gens à faire ça." Ou implicite : l'absence de modèles dans la famille, le manque d'encouragement quand on affichait des ambitions qui dépassaient le "niveau normal" de la lignée, le scepticisme à peine voilé des parents face aux diplômes ou aux aspirations professionnelles.
Réclamer sa légitimité

Le travail psychogénéalogique sur l'illégitimité professionnelle consiste, en partie, à remonter dans la lignée pour y chercher des ressources — des ancêtres qui avaient des compétences, des forces, des intelligences que les conditions de leur époque n'ont pas permis d'exprimer pleinement. Trouver dans la lignée des gens qui avaient "l'étoffe" pour ce qu'on fait maintenant — même s'ils n'ont jamais pu le faire — permet de se réapproprier une légitimité qui est non seulement personnelle mais familiale. Je suis légitime ici non pas malgré ma famille, mais grâce à elle — grâce aux capacités qu'elle m'a transmises, grâce aux sacrifices qui m'ont mis en position de choisir.
Mots-clés : illégitimité, travail, psychogénéalogie, transfuge de classe, appartenance, transmission, premier de la famille, légitimité, identité professionnelle