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Psychogénéalogie | Psychanalyse Transgénérationnelle

SILO 2 — OUTILS PRATIQUES & ENQUÊTE FAMILIALE

22 juin 2026 à 12:36:00

Signification des "trous" dans l'arbre généalogique

Il y a des arbres généalogiques propres et complets, avec des informations précises sur cinq ou six générations. Et puis il y a les autres — les arbres avec des branches qui s'arrêtent brutalement, des cases vides, des ancêtres dont on ne sait presque rien. Ces trous agacent les généalogistes qui cherchent l'exhaustivité. Mais pour le clinicien transgénérationnel, ils sont souvent les endroits les plus intéressants de tout l'arbre. Les zones de non-savoir sont rarement des accidents — elles sont souvent des constructions. Et ce qui a été construit peut être déconstruit, si on accepte d'aller regarder pourquoi.

Dans le cabinet, quand un patient me dit "je ne sais rien sur le père de mon grand-père", je note soigneusement. Et je pose la question : est-ce qu'on ne sait pas, ou est-ce qu'on n'a pas cherché ? Est-ce que les archives sont muettes, ou est-ce que personne dans la famille n'a voulu ouvrir cette porte ? La différence entre ces deux réponses est fondamentale.

Les types de trous et ce qu'ils signalent

Il existe plusieurs types de trous dans un arbre généalogique, et ils ne signalent pas tous la même chose. Il y a d'abord les trous factuels — des ancêtres dont les documents n'ont pas été conservés, des registres détruits par des incendies ou des guerres, des périodes de l'histoire où l'état civil était lacunaire. Ces trous sont frustrants mais neutres — ils ne témoignent pas d'un secret, seulement des aléas de la conservation des archives.

Il y a ensuite les trous familiaux — des zones que la famille a "oubliées" sans que les archives soient réellement inaccessibles. L'ancêtre dont tout le monde connaissait l'existence mais dont on ne parlait jamais. Le parent dont le nom a été effacé de l'arbre oral transmis par les aînés. Ces trous-là sont plus significatifs — ils signalent une décision, même inconsciente, de ne pas savoir. Et derrière cette décision, il y a presque toujours une histoire.

Il y a enfin les trous structurels — les filiations impossibles à établir parce qu'une naissance a eu lieu hors mariage, sous le secret, dans des circonstances que la famille ou les institutions ont voulu effacer. Un père inconnu. Une mère qui n'a pas voulu être identifiée. Un enfant illégal placé à l'Assistance Publique. Ces trous structurels sont les plus chargés — ils touchent aux questions fondamentales de l'origine et de la filiation.

Les trous comme zones de secret

Dans la pratique psychogénéalogique, un trou dans l'arbre est souvent la trace en négatif d'un secret. Quelque chose de suffisamment honteux, douloureux ou dangereux pour que plusieurs générations aient choisi — consciemment ou non — de ne pas transmettre l'information. Et ce quelque chose continue d'agir, même non su, chez les descendants qui portent le vide de cette absence sans pouvoir le nommer.

Nicolas Abraham parlait de "trous dans l'inconscient" — ces espaces vides dans le psychisme d'un patient qui correspondent exactement à des zones de secret ou de non-dit dans l'arbre familial. Ces trous psychiques se manifestent cliniquement par des inhibitions inexpliquées, des zones d'inconfort diffus, des sujets qu'on ne peut pas aborder sans anxiété — sans que le patient sache pourquoi.

Explorer un trou : méthode et précautions

Explorer un trou dans l'arbre demande de la méthode. On commence par les archives — est-ce que les documents existent et sont accessibles ? Si oui, qu'est-ce qu'ils disent, et qu'est-ce qu'ils ne disent pas ? On interroge ensuite les membres les plus anciens de la famille — avec douceur, sans forcer. On croise les informations disponibles pour construire des hypothèses. Et on travaille cliniquement avec ces hypothèses — pas comme des certitudes, mais comme des pistes qui peuvent éclairer le présent.

La précaution principale : ne pas combler un trou n'importe comment. Un trou rempli d'une histoire inventée est souvent plus dommageable qu'un trou reconnu comme tel. L'honnêteté sur l'incertitude — "je ne sais pas ce qui s'est passé là, mais je sens que quelque chose d'important s'y cache" — est plus juste et plus utile cliniquement que la construction d'une narrative fictive qui rassure provisoirement mais construit sur du vide.

Mots-clés : trous dans l'arbre, secret de famille, psychogénéalogie, filiation, origine inconnue, Nicolas Abraham, archives, enquête, transmission

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