Les premières universités féminines en Europe, une révolution éducative tardive
- Cedric Aupetit

- 18 févr.
- 2 min de lecture

L'histoire de l'enseignement supérieur européen révèle une exclusion systématique des femmes pendant des siècles. Alors que les universités masculines fleurissaient depuis le Moyen Âge, il faudra attendre la fin du XIXe siècle pour voir émerger « les premières universités féminines en Europe », marquant un tournant décisif dans l'émancipation intellectuelle des femmes.
Le contexte d'exclusion universitaire
Pendant près de huit siècles, les portes des universités européennes sont restées hermétiquement fermées aux femmes. Cette interdiction ne reposait sur aucune incapacité intellectuelle avérée, mais sur des préjugés profondément ancrés dans les mentalités. Les femmes étaient considérées comme destinées exclusivement à la sphère domestique, leur accès au savoir académique étant perçu comme une menace pour l'ordre social établi.
Cette exclusion massive a créé un véritable traumatisme collectif, transmis de génération en génération. Sur le plan transgénérationnel, des millions de femmes européennes ont intériorisé l'idée qu'elles n'étaient pas légitimes dans les espaces intellectuels, une croyance limitante qui continue parfois d'influencer inconsciemment les choix éducatifs et professionnels de leurs descendantes.
Les premières universités féminines en Europe : des pionnières courageuses
C'est en Angleterre que le mouvement prend véritablement forme. En 1848, le Queen's College de Londres ouvre ses portes, suivi en 1869 par Girton College à Cambridge, premier collège universitaire britannique exclusivement féminin. Ces institutions deviennent des laboratoires d'émancipation où les femmes peuvent enfin accéder aux savoirs réservés jusqu'alors aux hommes.
En France, le processus est plus lent. Julie-Victoire Daubié devient en 1861 la première bachelière française, ouvrant symboliquement la voie. Madeleine Brès sera en 1875 la première femme française à obtenir un doctorat en médecine, après avoir surmonté d'innombrables obstacles administratifs et sociaux.
L'Europe centrale suit progressivement. L'Université de Zurich autorise l'inscription des femmes dès 1867, devenant un refuge pour les étudiantes d'Europe de l'Est. Les universités russes, après une brève ouverture dans les années 1860, referment leurs portes avant de créer des « cours supérieurs féminins » en 1878, véritables universités parallèles.
Impact transgénérationnel de cette révolution
L'ouverture de ces institutions a initié une transformation profonde des schémas familiaux. Les premières diplômées sont devenues des modèles transgénérationnels, prouvant qu'une femme pouvait concilier études, carrière et vie personnelle. Leurs parcours exceptionnels ont créé de nouvelles possibilités identificatoires pour leurs filles et petites-filles.
Néanmoins, les résistances furent féroces. Les étudiantes subissaient moqueries, harcèlement et ostracisme. Ces traumatismes ont laissé des traces : le syndrome de l'imposteur, particulièrement présent chez les femmes dans les milieux académiques aujourd'hui, trouve en partie ses racines dans cette histoire d'illégitimité imposée.
Un héritage toujours vivant
Aujourd'hui, alors que les femmes représentent la majorité des étudiants universitaires en Europe, il est essentiel de se souvenir du combat de ces pionnières. Comprendre l'histoire du sujet « les premières universités féminines en Europe » permet de contextualiser les inégalités persistantes dans certaines filières scientifiques ou les postes de direction universitaire.
La mémoire transgénérationnelle de l'exclusion universitaire peut encore influencer subtilement les choix d'orientation, créant parfois une autocensure inconsciente. Reconnaître cet héritage permet aux nouvelles générations de s'en libérer et de s'autoriser pleinement à investir tous les champs du savoir.
Ces premières universités féminines ont posé les fondations d'une égalité éducative qui reste un combat quotidien, prouvant que l'accès au savoir demeure l'un des piliers essentiels de l'émancipation féminine.



Commentaires