Pourquoi je travaille en téléconsultation ?
- Cedric Aupetit

- 1 mars
- 3 min de lecture

Une approche réfléchie au service de l'écoute psychanalytique
Lorsque j'ai choisi d'exercer exclusivement en téléconsultation, entre les deux confinements de 2020 et 2022, cette décision n'était pas un simple accommodement aux circonstances, mais une conviction profonde quant à la qualité de l'accompagnement psychanalytique que je peux offrir. La question de « pourquoi je travaille en téléconsultation ? » mérite une réponse qui dépasse les aspects pratiques pour toucher au cœur même de ma pratique transgénérationnelle.
L'écoute amplifiée : quand la distance physique rapproche psychiquement
La téléconsultation offre un cadre paradoxalement plus intime que le cabinet traditionnel. En l'absence du face-à-face physique, quelque chose de l'ordre de la présence psychique s'intensifie. Les travaux en neurosciences ont démontré que la vision mobilise jusqu'à 80 % de nos ressources cognitives. En limitant cette captation visuelle, je peux développer une écoute bien plus fine, plus flottante, plus attentive aux nuances de la voix, aux silences, aux hésitations qui révèlent souvent davantage que les mots eux-mêmes.
Cette configuration me permet de ne pas être absorbé par la vision des yeux du patient, cette rencontre du regard qui, bien qu'importante dans certains contextes thérapeutiques, peut parfois créer une forme de saturation sensorielle qui entrave l'écoute analytique profonde. Le psychanalyste travaille avec l'inconscient, et l'inconscient se dévoile souvent mieux dans cet espace où le verbe prend toute sa place, sans la distraction du visible.
Pourquoi je travaille en téléconsultation ? Un dispositif adapté au travail transgénérationnel
Dans mon approche transgénérationnelle, je cherche à faire émerger les patterns, les secrets, les non-dits qui se transmettent à travers les générations. Ce travail nécessite une concentration absolue sur le récit, sur les répétitions signifiantes, sur les dates qui se télescopent, sur les prénoms qui reviennent comme des revenants familiaux.
La téléconsultation crée une bulle protectrice où le patient peut explorer son roman familial depuis son propre lieu de vie, parfois entouré symboliquement de ses objets, de ses photos d'ancêtres, de ses archives familiales. Cette proximité avec son environnement personnel facilite paradoxalement l'émergence des mémoires transgénérationnelles, comme si l'écran servait de membrane poreuse entre le dedans et le dehors, entre le présent et le passé familial.
L'accessibilité géographique et psychique
Exercer en téléconsultation me permet d'accompagner des personnes où qu'elles se trouvent en France, et même au-delà. Des patients en Bretagne, en Corse, à Paris, dans les zones rurales isolées ou à l'étranger peuvent bénéficier d'un suivi régulier sans les contraintes du déplacement. Cette continuité est essentielle dans le travail psychanalytique, où la régularité des séances constitue le socle du transfert.
De plus, certaines personnes trouvent dans la téléconsultation une forme de protection initiale qui leur permet d'oser franchir le pas de la thérapie. L'écran peut fonctionner comme un voile qui autorise la parole là où l'exposition corporelle totale d'un cabinet peut créer une angoisse. Progressivement, cette distance devient un espace transitionnel où la confiance s'installe.
Le cadre technique comme garant symbolique
Contrairement à une idée reçue, la téléconsultation exige un cadre tout aussi rigoureux que le cabinet traditionnel : horaires fixes, durée constante des séances, confidentialité garantie par des outils sécurisés, rituel de connexion qui remplace celui du franchissement de la porte du cabinet. Ce cadre numérique n'est pas moins symbolique : il structure le temps et l'espace psychanalytique avec la même fermeté, d'autant que le plus souvent, je suis la personne qui appelle la personne consultée.
Une éthique de la présence malgré la distance
Travailler en téléconsultation ne signifie jamais travailler « à distance ». La présence analytique ne se mesure pas en mètres mais en qualité d'attention, en disponibilité psychique, en capacité à recevoir ce qui se dit et ce qui ne se dit pas. Chaque séance est un rendez-vous avec l'inconscient, et celui-ci se moque bien de savoir si nous sommes séparés par un écran ou par un divan.
Cette modalité de travail correspond profondément à ma conception de l'écoute psychanalytique : une écoute qui accueille sans dévorer du regard, qui accompagne sans envahir, qui permet à chacun de déposer son histoire depuis son propre espace de vie, tout en bénéficiant d'une présence analytique pleine et engagée.
Cédric Aupetit
Psychanalyste transgénérationnel
Association Alterrepsy


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