La place des enfants morts-nés dans l'arbre généalogique
- Cedric Aupetit

- 27 juin 2025
- 2 min de lecture

Un silence qui traverse les générations
Dans de nombreuses familles, les enfants morts-nés représentent un chapitre douloureux souvent relégué au silence. Pourtant, en psychogénéalogie, leur place dans l'arbre généalogique revêt une importance capitale pour comprendre certaines dynamiques familiales et libérer les descendants de loyautés invisibles.
L'importance de nommer l'innommable
Un enfant mort-né n'est pas un événement anodin dans l'histoire familiale. Il s'agit d'une perte traumatique qui marque profondément les parents et l'ensemble du système familial. Traditionnellement, ces bébés étaient enterrés sans cérémonie, parfois sans prénom, effaçant symboliquement leur existence.
Cette négation du deuil crée ce que les psychogénéalogistes appellent un "fantôme familial" : une présence absente qui influence inconsciemment les générations suivantes. Les enfants nés après un mort-né portent souvent le poids de ce non-dit, développant parfois des symptômes inexpliqués : angoisses, sentiment de ne pas avoir le droit d'exister, ou au contraire, une mission réparatrice envers leurs parents.
Intégrer les morts-nés dans l'arbre généalogique
La psychogénéalogie recommande d'inscrire systématiquement les enfants morts-nés dans le génogramme familial. Cette inscription symbolique permet de leur redonner une place légitime et de reconnaître leur existence, aussi brève soit-elle.
Comment procéder concrètement ? Il suffit d'ajouter leur prénom s'ils en ont reçu un, ou une mention "enfant mort-né" avec la date. Ce geste simple permet aux descendants de visualiser cette présence et de comprendre certaines répétitions transgénérationnelles : dates anniversaires symptomatiques, troubles psychosomatiques inexpliqués, ou difficultés relationnelles.
Les conséquences du déni sur les générations
Lorsqu'un mort-né n'est pas reconnu, les effets se répercutent sur plusieurs générations. Les frères et sœurs nés après peuvent développer un "syndrome du survivant", se sentant coupables d'être en vie. Certains enfants de remplacement portent inconsciemment la mission de combler le vide laissé par l'absent.
Les symptômes peuvent également se manifester par des dates significatives : accouchements prématurés à la même période, accidents ou maladies survenant aux mêmes âges, blocages inexpliqués dans la vie professionnelle ou sentimentale. Ces coïncidences troublantes trouvent souvent leur origine dans un deuil non fait plusieurs générations auparavant.
Le travail de réparation symbolique
La thérapie transgénérationnelle propose plusieurs outils pour apaiser ces mémoires familiales. Le génosociogramme permet de visualiser graphiquement la place du mort-né et son impact sur la lignée. Les rituels symboliques, comme écrire une lettre à l'enfant disparu ou organiser une cérémonie commémorative, aident à finaliser un deuil resté en suspens.
Certains thérapeutes utilisent également les constellations familiales pour remettre chaque membre à sa juste place dans le système familial et libérer les descendants de loyautés inconscientes.
Conclusion : Honorer pour libérer
Reconnaître la place des enfants morts-nés dans l'arbre généalogique n'est pas seulement un acte de mémoire, c'est un geste thérapeutique puissant. En nommant ces absents, en leur accordant une place légitime dans l'histoire familiale, nous permettons aux générations actuelles de se libérer de fardeaux transgénérationnels et de construire leur propre chemin sans porter le poids de secrets enfouis.




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