La transmission des traumatismes de guerre sur trois générations (minimum)
- Cedric Aupetit

- 11 nov. 2025
- 3 min de lecture

Comment les blessures psychologiques traversent le temps familial
Les traumatismes de guerre ne s'arrêtent pas aux anciens combattants. La transmission transgénérationnelle des traumatismes psychologiques touche les enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants des victimes de conflits armés. Ce phénomène, étudié depuis plusieurs décennies par la psychologie transgénérationnelle, révèle comment les blessures de guerre se propagent silencieusement à travers les générations.
La première génération : les survivants directs
Les vétérans et survivants de guerre constituent la première génération traumatisée. Ils développent fréquemment un syndrome de stress post-traumatique (SSPT), caractérisé par des cauchemars récurrents, une hypervigilance constante, des flashbacks et une difficulté à verbaliser leur vécu. Ces symptômes post-traumatiques affectent profondément leur capacité à construire des relations familiales stables.
L'événement traumatique vécu pendant le conflit – qu'il s'agisse de combat direct, de déportation, de torture ou de perte brutale de proches – laisse une empreinte indélébile dans la mémoire traumatique. Les anciens combattants peinent souvent à exprimer leurs émotions,
créant un climat familial marqué par le silence et les non-dits.
La deuxième génération : héritiers invisibles du trauma
Les enfants de survivants de guerre, bien que n'ayant pas vécu directement le conflit, héritent inconsciemment des blessures parentales. Cette transmission psychique s'opère par plusieurs mécanismes : identification aux souffrances parentales, apprentissage de comportements anxieux, intégration de secrets de famille et atmosphère émotionnelle perturbée.
Ces descendants directs développent fréquemment de l'anxiété généralisée, des troubles de l'attachement, une difficulté à gérer leurs propres émotions et parfois une tendance à la dépression. La psychothérapie transgénérationnelle révèle comment ces symptômes psychosomatiques trouvent leur origine dans l'histoire familiale non résolue.
Le phénomène d'épigénétique démontre aujourd'hui que le stress traumatique peut modifier l'expression des gènes, transmettant ainsi biologiquement certaines vulnérabilités aux générations suivantes.
La troisième génération : la mémoire collective familiale
Les petits-enfants de victimes de guerre représentent la troisième génération affectée. Bien que plus éloignés temporellement du conflit originel, ils portent encore les marques de la souffrance ancestrale. Leur héritage transgénérationnel se manifeste souvent par une curiosité intense pour l'histoire familiale, des comportements de réparation ou au contraire un évitement complet du sujet.
Cette génération peut développer des troubles anxieux inexpliqués, des phobies spécifiques liées symboliquement au conflit vécu par leurs grands-parents, ou une hypersensibilité face à l'injustice et la violence. La thérapie familiale systémique permet de mettre en lumière ces loyautés invisibles qui lient les petits-enfants aux traumatismes non digérés de leurs aînés.
Les mécanismes de transmission : comprendre pour guérir
La transmission intergénérationnelle du traumatisme opère via plusieurs canaux interconnectés. Le récit familial, même incomplet ou déformé, véhicule des émotions non métabolisées. Les comportements parentaux dysfonctionnels, issus de stratégies de survie développées pendant la guerre, se normalisent dans le système familial.
Les psychogénéalogistes identifient également le phénomène de crypte psychique : des secrets familiaux enfouis qui continuent d'influencer les descendants. Ces fantômes transgénérationnels se manifestent par des symptômes inexplicables, des dates anniversaires chargées émotionnellement ou des répétitions comportementales inconscientes.
Briser le cycle : thérapies et résilience
Heureusement, la transmission des traumatismes n'est pas une fatalité. Plusieurs approches thérapeutiques permettent de briser le cycle traumatique intergénérationnel. La psychothérapie EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) aide à retraiter les souvenirs traumatiques. La thérapie narrative permet de reconstruire un récit familial cohérent et apaisant.
Le travail de mémoire collective, à travers des témoignages, la reconnaissance historique des souffrances et les cérémonies commémoratives, participe également à la cicatrisation transgénérationnelle. La verbalisation du trauma, accompagnée d'un thérapeute spécialisé en psychotraumatologie, constitue une étape cruciale vers la guérison.
Conclusion : de la conscience à la libération
Comprendre la transmission transgénérationnelle des traumatismes de guerre représente le premier pas vers la libération familiale. Reconnaître l'héritage traumatique, consulter un professionnel formé aux thérapies transgénérationnelles et entreprendre un travail de reconstruction permettent aux descendants de se réapproprier leur histoire sans en être prisonniers.
La résilience familiale est possible : elle nécessite courage, accompagnement thérapeutique adapté et volonté de transformer la souffrance héritée en sagesse transmissible aux générations futures.




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